Zimbabwe : le pays qui a perdu sa boussole monétaire

Zimbabwe : le pays qui a perdu sa boussole monétaire

Entre dollar américain et rand sud-africain, le pays du président Mugabe vit une sévère pénurie d’espèces et ne sait plus à quelle monnaie se vouer.

Dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe depuis 1980, le Zimbabwe est plongé dans une grave crise économique. Le gouvernement de Harare a adopté le dollar américain et le rand sud-africain en 2009, après une hausse des prix vertigineuse qui a atteint jusqu’à 500 % et fait perdre toute sa valeur au dollar zimbabwéen. En conséquence, certaines voix au Zimbabwe se sont élevées pour demander l’adoption du rand, la devise sud-africaine, comme monnaie de transaction pour contrer le manque d’argent, faisant valoir que cela simplifierait les choses, puisque l’Afrique du Sud est le plus important partenaire commercial du Zimbabwe. La banque centrale a réagi à cette pénurie en mettant en place en novembre de l’année dernière des bons du Trésor locaux pour tenter de résoudre la pénurie de liquidités, toutefois celle-ci persiste et s’aggrave. La cause de cette pénurie ? Le Zimbabwe ne génère pas suffisamment de recettes extérieures pour répondre à la demande locale, et c’est ce qui cause la pénurie de liquidités.

Des défis économiques au-delà de la simple crise monétaire

Aujourd’hui, il semble que la solution monétaire seule ne suffise plus pour relever les défis économiques que rencontre le pays de Robert Mugabe. John Mangudya, gouverneur de la banque centrale du Zimbabwe, l’a confirmé : l’utilisation du rand sud-africain comme principale devise de transaction n’aiderait pas à résoudre les difficultés économiques actuelles du pays. Car, entre-temps, le dollar américain est devenu la devise dominante de l’économie, entraînant une pénurie depuis l’année dernière en raison de la faiblesse des recettes d’exportation.

Dans les milieux d’affaires, chez les analystes et les partis d’opposition, on demande l’utilisation du rand comme monnaie officielle pour atténuer les pénuries. En décembre 2016, le leader du Mouvement pour le changement démocratique, Morgan Tsvangirai, a déclaré : « J’invite le gouvernement à ouvrir des négociations avec Pretoria pour que nous adoptions le rand comme une devise importante par rapport au dollar américain parce que nous négocions beaucoup avec l’Afrique du Sud par rapport aux États-Unis d’Amérique, 95 % de notre activité économique est avec le rand. » Mais du côté du gouvernement, rien n’est tranché.

Des craintes de toutes parts

« Ces difficultés économiques ne pourront être réglées uniquement avec une solution monétaire. Je ne crois pas que les difficultés économiques du Zimbabwe soient un problème de devise. Les problèmes du Zimbabwe sont de nature structurelle », a dit le gouverneur. Évoquant le niveau élevé des dépenses, le manque de discipline budgétaire, les problèmes de facilité des affaires et de coût élevé des affaires parmi les problèmes structurels qui affectent l’économie. « On ne peut pas résoudre ces problèmes structurels avec une devise, mais il faut prendre des décisions déterminées pour régler le cadre politique afin de lutter contre ces problèmes structurels », a fait valoir le gouverneur.

Ce à quoi Tsvangirai a répondu : « Nous pouvons tous être fiers d’être zimbabwéens avec notre propre dollar, mais cela ne veut rien dire si cela ne vaut rien. Le temps est venu d’attirer l’attention du gouvernement Zanu-PF que toutes ses politiques sont de courte durée. » Le gouverneur de la banque centrale a exhorté les Zimbabwéens à continuer à utiliser l’argent en plastique afin que le pays puisse réserver la monnaie étrangère dans les comptes pour les importations essentielles comme le carburant, l’électricité et les matières premières.

JOSÉPHINE JOHNSON