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Corruption en Haïti : le président peine à convaincre les manifestants

Le président haïtien Jovenel Moïse peinait jeudi à convaincre ses détracteurs de son engagement contre la corruption, au lendemain d’une large mobilisation citoyenne à travers le pays durant laquelle au moins deux personnes ont été tuées, selon la police.

« Je demande à tous les grands commis de l’État indexés ayant eu une part active dans la gestion de ces fonds de se mettre à disposition de la justice » a déclaré Jovenel Moïse sur Twitter, faisant référence aux fonds Petrocaribe prêtés par le Vénézuela depuis 2008.

« Toutes les firmes qui ont encaissé l’argent du contribuable et qui n’ont pas honoré leur engagement seront poursuivies, d’où qu’elles soient » a ajouté le chef de l’État dans une série de messages postés jeudi matin.

Depuis une décennie, Haïti bénéficie du programme Petrocaribe, initié par l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez, qui permet à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes d’acquérir des produits pétroliers à un coût avantageux, et de payer leurs factures sur 25 ans à un taux d’intérêt de 1%.

Face à une pauvreté grandissante, le mouvement citoyen « Petrocaribe Challenge » a été lancé en août sur les réseaux sociaux pour demander où l’argent prêté par le Vénézula a été dépensé.

Depuis, les manifestations se sont multipliées à travers les principales villes d’Haïti et la contestation a gagné en ampleur ce mercredi avec la présence, dans les rues de la capitale et en province, de plusieurs dizaines de milliers de citoyens.

Globalement calmes, les défilés ont été sporadiquement le théâtre d’affrontements entre manifestants et policiers. A Port-au-Prince, les forces de l’ordre ont, à plusieurs reprises, fait large usage de grenades lacrymogènes, tirant aussi parfois à balles réelles à hauteur d’homme.

Selon le bilan partiel établi par la police, deux personnes ont été tuées et une dizaine de manifestants blessés par balles, sans que l’origine des tirs ne soit précisée.

Au lendemain de la manifestation, André Michel, avocat représentant des citoyens ayant plainte contre la gestion publique des fonds Petrocaribe, affirme ne pas croire pas un mot des déclarations présidentielles en faveur d’une enquête approfondie.

« Ces messages sont du bluff et de la démagogie » a déclaré l’avocat à l’AFP. « Jovenel Moïse a été placé au pouvoir par les dilapidateurs du fonds Petrocaribe : il ne peut pas créer les conditions indispensables pour que ses mentors puissent être jugés » accuse-t-il.

En 2016 puis en 2017, deux enquêtes du Sénat haïtien sur le mauvais usage de près de 2 milliards de dollars de ce fond avaient épinglé une douzaine d’anciens ministres, du parti actuellement au pouvoir.

L’actuel chef de cabinet de Jovenel Moïse compte parmi les officiels indexés dans les rapports sénatoriaux

Source: Agence France-Presse