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Le Nigeria face au géant sud-africain MTN, combat de géants économiques

Une onde de choc s’est propagée cette semaine dans l’économie nigériane, qui se remet déjà difficilement d’une longue année de récession, après que la banque centrale (CBN) eut ordonné au géant sud-africain des télécoms MTN de rapatrier dans ses coffres plus de huit milliards de dollars (près de 7 milliards d’euros).

Les quatre banques qui ont effectué ces transferts d’argent entre 2007 et 2015, sans avoir rempli les formulaires nécessaires ou avec des titres frauduleux, selon les accusations de la CBN, doivent quant à elles, payer une amende de 5,87 milliards de nairas (14 millions d’euros).

Pour l’immense majorité des acteurs du secteur privé au Nigeria, cette annonce surprise ne peut qu’alourdir un climat économique déjà plombé par la grave récession de 2016 et la pénurie de devises étrangères, dont l’ex première puissance économique du continent africain peine toujours à se relever.

Avec ses 180 millions d’habitants et ses quelque 2 millions de barils de pétrole exportés chaque jour (selon les chiffres officiels), le Nigeria est un acteur économique Indispensable en Afrique.

Corruption

Le géant de la télécommunication sud-africain MTN y réalise d’ailleurs son plus gros chiffre d’affaires et des taux de croissance à deux chiffres, avec plus 52 millions d’abonnés en 2017 (42% du marché national des télécommunications) sur ses 217 millions d’abonnés dans le monde.

Pourtant, le Nigeria, gangréné par la corruption, l’absence de législation à jour, ou avec sa politique économique protectionniste héritée des dictatures militaires, reste un pays très difficile pour les affaires.

« Le Nigeria a beaucoup de potentiel, mais c’est l’un des marchés les plus difficiles à pénétrer », commente à l’AFP Spiwe Chireka, expert en télécommunications basé en Afrique du Sud.

« Prenez Telkom par exemple (autre géant sud-africain) », cite-t-il, « Ils ont injecté je ne sais combien de milliards et ils ont fini par vendre les parts pour 10 millions de dollars et ils sont partis ».

MTN, lui, est resté et continue à investir. MTN Nigeria a d’ailleurs consacré une enveloppe de 180 milliards de nairas (498 millions de dollars) à l’extension de son réseau en 2018.

« MTN est l’une des plus grands succès d’investissement étranger au Nigeria », explique Nonso Obikili, économiste nigérian basé en Afrique du Sud, spécialiste des relations entre les deux grandes puissances économiques du continent.

« Mais le message que la CBN envoie aux investisseurs, c’est que si MTN ne peut pas réussir sans ce genre d’embûches, alors personne ne peut réussir », explique-t-il à l’AFP, d’autant que l’Afrique du Sud est le premier investisseur au Nigeria, hors secteur pétrolier.

« Stop »

« Bien sûr, le Nigeria est leur premier marché, donc ils ne peuvent pas partir comme ça », poursuit le consultant. « Mais combien d’investisseurs potentiel perd le Nigeria avec le message qu’il envoie? A un moment ou à un autre, MTN va dire stop ».

Ce n’est pas la première fois que la compagnie sud-africaine est visée par des sanctions des autorités nigérianes.

L’opérateur avait déjà été sanctionné en octobre 2015 pour ne pas avoir coupé 5,1 millions de cartes SIM non enregistrées, comme demandé par Abuja.

MTN avait initialement été condamné à payer une amende record de 5,2 milliards de dollars. En juin 2016, la pénalité a été réduite à 1,7 milliard.

« Le régulateur nigérian veut montrer, en s’attaquant à MTN, que les investisseurs ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent », explique Aurélien Mali, conseiller en analyse de risques pour l’Afrique à Moody’s. « Le Nigeria est un pays souverain, avec des lois financières qui sont difficilement applicables, mais qui existent ».

En théorie, une restitution de fonds dans les caisses de la CBN ne devrait pas constituer une perte financière pour le groupe, sauf qu’entre aujourd’hui et la période sur laquelle les accusations sont portées, la monnaie nigériane a perdu quasiment la moitié de sa valeur.

En rapatriant 8,13 milliards de dollars dans les caisses de la CBN, MTN perdra ainsi quasiment la moitié de cette somme.

« Les investisseurs ont besoin d’une législation qui s’applique sur le long terme », explique Peter Takaendesa, de Mergence Investment Managers, un cabinet économique du Cap.

D’autant que l’approche de la présidentielle de février 2019 alourdit encore le climat économique au Nigeria.

« Une somme d’une telle importance, surtout à cette période cruciale avant une élection, et le fait que les accusations portent sur une période bien antérieure, cela ne peut qu’inquiéter les investisseurs », estime Alastair Jones, analyste à New Street Research de Londres.